Mémoires de la guerre d’Algérie

, par Theis Valérie

Journées du DHTA (en coordination avec le Département d’Histoire)

Points de vue d’histoire, points de vue d’artistes

Jeudi soir 21, Vendredi 22 et Samedi 23 février 2019

Un événement qui mêle conférences, paroles d’écrivains, œuvres et interventions d’artistes plasticiens, réalisateurs de cinéma, acteurs et metteurs en scène, autour de ce conflit dont il a été longtemps difficile de parler, et dont la résurgence est aujourd’hui manifeste dans la recherche et dans les arts.

C’est autour du regard des artistes d’aujourd’hui sur ce moment décisif de l’histoire algérienne et française que nous proposons d’organiser ces journées. L’événement ne se conçoit pas comme un colloque de chercheurs, ni comme une rétrospective historienne sur le sujet, mais il se veut une entrée en matière s’adressant à ceux qui éprouvent le besoin d’un manque à combler, d’un dialogue à relancer : aller à la rencontre de ces artistes - algériens, français, franco-algériens, descendants de combattants des deux bords, ou simplement de ces peuples, ces gens, qui ont vécu, et subi, la guerre. Bref, interroger la mémoire, les traces au fil des générations, de la guerre d’Algérie. Comment la, les, ressaisir ? à partir de quoi ? selon quels angles ? pour lui donner quelles formes ? à quels publics destiner, enfin, cette mémoire ?

 

 

Programme

Exposition permanente : un travail du plasticien Éric Manigaud, sur les manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris violemment réprimées par la police française.

En salle des Actes, aux heures du colloque.

Éric Manigaud est reconnu pour ses dessins réalisés à partir de photographies d’archives. Il se consacre à des thèmes historiques tels que les gueules cassées de la Première Guerre Mondiale, les villes bombardées de la Seconde Guerre Mondiale, des scènes de crimes de la police judiciaire du début du XXe siècle ou des photographies spirites des années 1920 et 1930. Dans cette série, il s’intéresse aux manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris, violemment réprimées par la police française. A partir des photographies de Georges Azenstarck, d’Elie Kagan, de Georges Ménager et du film de Jacques Panijel, il redonne à voir l’une des pages les plus sombres de l’histoire française contemporaine.
L’exposition est organisée grâce à l’aimable concours de l’artiste, de son galeriste Vincent Sator, et des collectionneurs qui ont acquis les œuvres. Elle donnera lieu aux interventions croisées du galeriste Vincent Sator et du critique Guillaume Lasserre, samedi à 15 heures.


JEUDI 21 FÉVRIER

École Normale Supérieure,
45 rue d’Ulm
20 heures, au Théâtre
Compagnie Nova / mise en scène Margaux Eskenazi
J’ai la douceur du peuple effrayante au fond du crâne

Traversée des mémoires, des littératures et des résistances, de
l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui, J’ai la douceur du peuple effrayante au fond du crâne dessine sept parcours transgénérationnels, comme sept points de vue sur la Guerre d’Algérie. Tous sont issus de témoignages réels, retravaillés, et fictionnalisés par un travail où dramaturgie, écriture et improvisation sont sans cesse en dialogue. En prenant comme matière première la transmission et les amnésies, l’héritage et les violences tues, les tabous et les exils, la compagnie Nova, formée de jeunes artistes, signe le second volet de son investigation théâtrale de nos identités françaises métissées.

Durée : 2 heures
Avec : Armelle Abibou, Elissa Alloula, Malick Lamraoui, Yannick
Morzelle, Raphael Naasz, Christophe Ntakabanyura, Eva Rami.
Entrée libre sur réservation : ingrid.pichon@ens.fr

 

VENDREDI 22 FÉVRIER

Ecole Normale Supérieure,
45 rue d’Ulm
Salle des Actes, puis Salle Dussane (projection le soir)

MATINÉE : SALLE DES ACTES
(premier étage de l’escalier A, à droite en entrant)

9H30 - 10H30
Introduction.
Frédéric Worms (Directeur Lettres, ENS)
Hélène Blais (Histoire contemporaine, Département d’Histoire) et Nadeije
Laneyrie-Dagen (Histoire de l’art, DHTA).

10H30 -12H30
Table-ronde : Jouer, filmer, avec la mémoire familiale.
Modératrices : Marion Chénetier-Alev (DHTA) et Marie-Pierre Bouthier
(DHTA).
Discutants :
- Alice Carré (dramaturge), Margaux Eskenazi (metteuse en scène) à propos de J’ai la douceur du peuple effrayante au fond du crâne.
Margaux Eskenazi a fondé la compagnie Nova en 2007 et monté avec elle divers spectacles, dont Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre, travail sur les auteurs de la négritude et premier volet d’un dyptique, “Écrire en pays dominé”, dont J’ai la douceur du peuple effrayante au fond du crâne forme la seconde partie.
Alice Carré, qui enseigne le théâtre à l’université et à la Comédie de Saint-Étienne tout en accompagnant des projets comme dramaturge, a écrit deux textes, Leave to live et Fara Fara, à partir de témoignages d’enfants soldats et de jeunes adultes de RD-Congo. Son travail autour des amnésies coloniales se poursuit avec la dramaturgie, la conception et l’écriture du diptyque Écrire en pays dominé.
- Damien Ounouri, cinéaste, réalisateur de Fidaï (2014).
Damien Ounouri vit et travaille à Alger. Il s’agira ici de parler de son premier long-métrage documentaire, « Fidaï » (2014), produit par le cinéaste chinois Jia Zhang-Ke, et qui retrace la place de la Révolution algérienne (2012) dans son histoire familiale. Le film a circulé dans de nombreux festivals (Toronto...). Cette seconde partie de la discussion sera rythmée par des projections (extraits de Fidaï).

APRÈS MIDI : SALLE DES ACTES
(premier étage de l’escalier A, à droite en entrant)

14H30 - 16H  :
La mémoire qui brûle : la violence pendant la guerre d’Algérie, les
silences et les traumatismes.
Modératrices : Hélène Blais (Dép. d’Histoire) et Béatrice Joyeux-Prunel
(DHTA).
- Raphaëlle Branche, professeure d’histoire, université de Rouen.
Spécialiste de la guerre d’Algérie et des questions de violences en situation coloniale, Raphaëlle Branche est l’auteure de plusieurs livres et de deux documentaires avec Rémi Laîné : Palestro, Algérie : histoires d’une embuscade (2012) et Prisonniers du FLN (2015). Se centrant sur la question de la violence, elle revient ici sur les choix d’écriture qu’elle a faits dans ses livres et ses documentaires. Avoir elle-même adapté deux de ses ouvrages pour la télévision permettra une comparaison encore plus nette peut-être des partis qu’elle a pris..
- Armance Léger, historienne d’art, ED 540 / PSL / SACRe.
Doctorante en thèse sur l’œuvre de Daniel Pommereulle (1937-2003), chargée de la gestion des estates de Daniel Pommereulle et Michel Journiac à la Galerie Christophe Gaillard, Armance Léger consacrera son intervention aux “Machines à tortures” du premier artiste. Pommereulle, qui fut peintre, poète, dessinateur, cinéaste, sculpteur, acteur, a été mobilisé en Algérie en 1957. En 1961, il participe à l’« Anti-Procès III », manifestation artistique collective organisée à Milan par Jean-Jacques Lebel et Alain Jouffroy pour assurer leur solidarité avec les insoumis de la guerre d’Algérie. Puis il imagine des objets tranchants et dangereux - des machines à torture - forgeant une esthétique de la violence et de la cruauté. La guerre apparaît comme une clé de lecture, non seulement de sa vie et de son œuvre, fulgurante et discontinue, mais de celles de tous ceux qui avaient vingt ans dans la France des années 1960.

PAUSE

16H15 :
Lecture/ spectacle : Bruno Boulzaguet, Mémoire chorale.
Bruno Boulzaguet, acteur et metteur en scène, mène depuis quelques années un travail sur l’impact de la guerre d’Algérie dans la mémoire et sur les relations entre Français et Algériens. Il a créé en 2017, en collaboration avec l’auteur Aziz Chouaki, Palestro, spectacle-fiction familiale et autobiographique : un père appelé et servant sous les armes 28 mois durant, mais qui n’en parle jamais ; des fils, à sa mort, qui héritent de sa guerre comme s’ils l’avaient faite, et de ses blessures comme s’ils les avaient subies.
Mémoires chorales, deuxième volet de cette exploration, est présenté à l’ENS dans une version courte. C’est un spectacle/enquête sociologique, une photographie instantanée et kaléidoscopique de témoignages collectés dans le secteur géographique du théâtre ou des structures dans lesquelles il est joué : des anciens combattants (ils auront bientôt disparu) ; des personnes qui ont été enfants pendant la guerre ; des fils, filles, femmes, petits-fils, d’anciens combattants algériens, de harkis, de pieds-noirs, ou de métropolitains objecteurs de conscience…
Avec : Aurélien Piffaretti : jeu, guitare et chant, et Guillaume
Jacquemont : jeu et chant.
Durée : 35 minutes.
Entrée libre - pas de réservation nécessaire.

17 h 30 « GOUTER »
proposé en rotonde (accès par l’amphithéâtre Dussane,
ou depuis la cour d’entrée : rez-de-chaussée, pavillon de gauche)
- pâtisseries et thé à la menthe !

SOIRÉE : AMPHITHÉÂTRE DUSSANE
(rez-de-chaussée, couloir de gauche en entrant)

18H15 :
Film, projection, L’autre côté de la mer de Dominique Cabrera.
Suivie d’une conversation-débat avec la réalisatrice.
Modération : Françoise Zamour (DHTA)
Georges Romero, Français resté à Oran après l’indépendance, se rend à Paris, en pleine « décennie noire » pour une opération de la cataracte. Il y retrouve sa famille rapatriée, y rencontre un jeune chirurgien qui ignore tout de ses origines algériennes. Dans les cafés de Barbès, ou dans les paysages du midi, le film, première fiction de Dominique Cabrera, explore les ramifications d’un passé qui ne passe pas.
Avec : Claude Brasseur, Roschdy Zem, Catherine Hiegel, Marthe
Villalonga.
Durée : 1h30, plus le débat qui suit.
Entrée libre - pas de réservation nécessaire.

 

SAMEDI 23 FÉVRIER

École Normale Supérieure,
45 rue d’Ulm

MATINÉE : SALLE DES ACTES
(premier étage de l’escalier A, à droite en entrant)

10H00 :
Catherine Brun : Histoire, oublis, récits : plaidoyer pour des mémoires
(compatibles) de la guerre d’Algérie.
Modératrice : Anne-Françoise Benhamou (DHTA)
Catherine Brun est professeure à Paris 3- Sorbonne nouvelle (littératures et théâtres de langue française XXe-XXIe) et membre de l’UMR THALIM. Elle dirige les Presses de la Sorbonne Nouvelle. Ses recherches portent sur littératures et histoires, littérature et politique (écriture du trauma et de la guerre, notamment d’Algérie), littérature et mémoire (notamment des terrorismes), littérature algérienne de langue française, et le théâtre de langue française des XXe et XXIe siècle. Elle est l’auteure de Michel Vinaver : une pensée du théâtre (Champion, 2015) et Pierre Guyotat, Essai biographique (Léo Scheer, 2005) et a dirigé ou codirigé de nombreux volumes collectifs dont Guerre d’Algérie. Le sexe outragé (avec T. Shepard, CNRS Éditions, 2016), La Guerre d’Algérie. Les mots pour la dire (CNRS Éditions, 2014) et Algérie : d’une guerre à l’autre (PSN, 2014).

11H00 -13H00 :
Table ronde : La guerre d’Algérie au cinéma, les problèmes d’une
reconstitution
Modératrice : Marie Pierre-Bouthier (DHTA).
La table ronde réunit une spécialiste du cinéma algérien et trois
réalisateurs/ trices.
- Salima Tenfiche est chercheuse en études cinématographiques.
Doctorante à Paris 7, elle mène une thèse sur le cinéma algérien contemporain, évoquera ce paysage et ses productions « officielles », passeuses de mémoire, concernant la guerre d’Algérie.
- Narimane Mari est la productrice de documentaires engagés et de films d’auteurs au sein au sein de Centrale Electrique à Paris, puis en en Algérie de ALLERS RETOURS FILMS. Loubia Hamra (Haricots rouges, 2013, Grand Prix du FID Marseille) est son premier long métrage de fiction. Cette histoire d’enfants plongés malgré eux dans la guerre fera l’objet principal de son intervention.
- Lyès Salem est comédien et réalisateur (son court-métrage "Cousines", en 2004, a été primé aux Césars). L’Oranais (2013), sur lequel se concentrera son intervention, est son deuxième long-métrage de fiction. Le film retrace trente ans d’histoire algérienne, de la guerre d’indépendance à l’aube des "années noires" (1990). La table ronde sera rythmée par des projections d’extraits.

DÉJEUNER

APRÈS MIDI : SALLE DES ACTES
(premier étage de l’escalier A, à droite en entrant)

14H30- 16H00 :
Ce que l’exposition fait aux mémoires : les œuvres, le public, la
censure.
Modérateurs : Nadeije Laneyrie-Dagen (DHTA) et Armance Léger Franceschi
(ED 540 / PSL SACRe).
- Guillaume Lasserre, commissaire d’exposition, critique d’art et
Vincent Sator, galeriste.
Guillaume Lasserre est historien d’art, critique, et commissaire d’expositions. Il a dirigé des années durant le Pavillon Vendôme - Centre d’art contemporain, et invité et mis en œuvre son projet scientifique et culturel.
-Vincent Sator a ouvert en 2011 dans le Marais à Paris la galerie qui porte son nom. Il s’attache à la promotion d’artistes internationaux émergents ou en voie de confirmation. La ligne de la galerie se définit dans un rapport référencé de l’art à d’autres formes artistiques ou de création de la pensée : la politique, l’histoire, l’histoire de l’art, la littérature, la philosophie ou les sciences ayant pour vocation de questionner la place de l’Homme dans la Cité, d’offrir un outil de réflexion sur les sociétés contemporaines et leur évolution. Le questionnement sur l’image et sur la production de la forme plastique complètent cette approche. Leurs voix combinées évoqueront l’œuvre, exposée dans la salle des Actes, d’Eric Manigaud, les 22 dessins pour Charonne.
- Fadila Yahou, historienne de l’art, Paris I / Hicsa.
Doctorante en art contemporain, Fadila Yahou explore dans sa thèse une histoire culturelle de la guerre d’Algérie à travers les productions artistiques, cinématographiques et littéraires de 1955 à 1965. Elle se demandera si des expositions-phares telles que L’art et la Révolution algérienne, exposition internationale à Alger en 1964 ou La France en guerre d’Algérie à l’Hôtel national des Invalides en 1992, ont permis de (ré)investir les mémoire (s) de la guerre d’Algérie, ou si elles ont participé à inscrire ces mémoire (s) dans une Histoire nationale. Elle retracera aussi les tribulations d’œuvres comme le Grand Tableau antifasciste collectif de Lebel, Dova, Baj, Erro, Crippa, Recalcati (1961) ; et plus récemment Retelling stories (2003), une vidéo de Zineb Sedira exposée au Musée Picasso de Vallauris. Il s’agira de voir de quelle façon ces œuvres, et leur présentation, censurée, mettent à jour des mémoires encore douloureuses voire refoulées.

PAUSE

16H30-18H
La guerre d’Algérie et les arts graphiques.
- Jacques Ferrandez, auteur de bande dessinée.
Jacques Ferrandez est né à Alger et il a passé son enfance et sa
jeunesse à Nice. Durant ses études aux Beaux Arts de Nice, actuelle
Villa Arson, il a participé à la revue (A suivre) des éditions Casterman et publié « Arrière-pays », suite de courtes histoires sur sa Provence d’adoption. En 1987, il lance pour ce même éditeur sa série phare qu’il mènera sur 10 albums jusqu’en 2009 : Les Carnets d’Orient où il évoque la présence française en Algérie, de la période de la Conquête dans les années 1830 jusqu’à l’Indépendance en 1962. Il a reçu pour cette série le prix spécial du jury Historia en 2012. A l’Ens, il racontera son expérience d’auteur et de dessinateur : des récits à hauteur d’homme dans lesquels il a eu à cœur de mettre en scène différents points de vue pour tenter de comprendre cette période complexe, et dont il est le produit, en s’attachant aux destins individuels confrontés à la grande Histoire. À l’instar de Camus dont il a adapté pour la bande dessinée trois ouvrages, l’Hôte (2009), L’Étranger (2013) et Le premier homme (2017) aux Editions Gallimard, il se situe non pas du côté de ceux qui font l’Histoire mais plutôt du côté de ceux qui la subissent.
- Christophe Jacquet, graphiste.
Formé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Christophe Jacquet commence à travailler dans les années 1980 au début de la révolution numérique. Il est l’un des premiers à utiliser l’ordinateur et le scanner comme moyens de création à l’instar du stylet ou de l’appareil photo. Entre 1984 et 1989, il réalise 750 dessins bitmaps, réalisés avec le logiciel MacPaint. Suit une série de photographies de natures mortes, dont les sujets sont directement scannés. Il enseigne actuellement à l’école de Nancy et travaille au sein du Studio Général à Paris où il développe une esthétique de l’outil numérique. Il travaille aussi pour le graphzine Général, général, général, corpus visuel qui invite des artistes singuliers, peu connus par le public. Artiste provocateur, dont les projets bouleversent les codes établis du graphisme, échappant à toute normalisation, Christophe Jacquet fera ici le récit d’une histoire éditoriale singulière : l’ouvrage Pour Jean Senac, livre hommage à un poète communiste, militant de la cause algérienne, fondateur de l’union des écrivains algériens, assassiné à Alger en 1973.